Le samedi 25 avril, le Conseil national de l’ordre autorise la réouverture progressive des cabinets après avoir enjoint aux professionnels libéraux de stopper leur activité le 17 mars 2020, au début du confinement imposé par l’État pour lutter contre la crise sanitaire.

Nos dirigeants ordinaux avaient semé le trouble en autorisant le maintien des soins à domicile urgents ou non reportables, les syndicats eux nous expliquant que des gestes barrières et des mesures d’hygiène devaient permettre de maintenir une activité réduite dans des conditions satisfaisantes de sécurité sanitaire.

Belle cacophonie due, on l’imagine, à un manque de concertation des structures.

Les kinésithérapeutes dotés de bon sens ont pris la décision de juger par eux-mêmes de leur capacité à pratiquer en sécurité ou pas. Une immense majorité décidant de fermer leurs cabinets.

Les semaines de confinement et de cessation d’activité se sont écoulées avec diverses initiatives menées par les syndicats, les URPS et les CDO pour l’obtention et la distribution de matériel de protection pour les kinés. Tout ceci avec des résultats mitigés, chaque confrère dans un esprit d’entreprise libérale agissant de son côté pour trouver ses propres solutions pour s’équiper afin de pouvoir exercer à l’issue du confinement et essayer de sauver ce qui pourra l’être d’une rentabilité économique battue en brèche comme jamais.

Tombe le samedi 25 avril une nouvelle décision du CNOMK autorisant la reprise immédiate et progressive de la kinésithérapie en cabinet. Décision soutenue par des recommandations de reprise avec mesures de protections dans l’intérêt des patients et des soignants.

Cette recommandation pose malgré tout quelques questions.

Comment les dirigeants de la structure ordinale sont passés d’une initiative spontanée de fermeture pour des raisons affichées d’efforts sanitaire et citoyen alors que l’État n’avait requis aucune fermeture administrative, à une réouverture avant la date prévue de déconfinement progressif (11 mai) dont les modalité ne seront présentées que le 28 avril par le Premier ministre ?

Quelles informations sanitaires aurait le CNOMK, quelles assurances de fourniture de matériel pourrait garantir aujourd’hui le CNOMK, quelle expertise nouvelle aurait acquise le CNOMK en virologie, en infectiologie, en épidémiologie ?

Si le CNOMK est en mesure de répondre à toutes ces interrogations, qu’il le fasse savoir.

Quel comité d’experts indépendants alimente la réflexion et les décisions de nos dirigeants sur la crise du Covid-19 ? Alors que les conseils les plus avisés au sommet de l’État témoignent de leur manque de certitude, les kinésithérapeutes peuvent être rassurés d’avoir des dirigeants ordinaux avec une si grande expertise en terme de gestion de crise sanitaire.

L’autre conséquence de cette décision unilatérale est économique.

Comment la structure qui prélève des cotisations obligatoires auprès des kinésithérapeutes prend une décision au risque de torpiller les actions menées auprès d’organismes comme la CNAM et la CARPIMKO.

En effet, l’arrêt imposé par l’autorité « morale » d’une profession implique des compensations économiques apportées par la tutelle au travers de négociations menées par les syndicats. Comment concevoir, alors que rien n’est acquis à ce jour, que le CNOMK déclare unilatéralement la réouverture ?

On peut facilement imaginer ce que pensera la tutelle d’une telle aubaine. On pourrait aussi s’interroger sur le fait que le CNOMK ne prévoit aucune mesure de soutien envers les professionnels.

Conseilleur mais pas payeur, à méditer.

Si l’on regarde du côté de la CARPIMKO dont le dernier communiqué de presse signe le mépris de la majorité de ses élus pour leurs consœurs et confrères para-médicaux refusant toute aide collective, cette décision du Conseil national de l’Ordre va marquer l’argument final d’une fin de non-recevoir de la part de la méprisante CARPIMKO.

Voilà résumé comment une énième décision autoritaire va impacter des professionnels de terrain qui sont traités comme des pions par le CNOMK et considérés comme variable d’ajustement dans les comptes de la CARPIMKO.

Si l’on applique l’adage selon lequel « on a les représentants que l’on mérite », tirez les conclusions sur l’état de notre profession.