Depuis le début de la crise, les kinés se sont inquiétés de devoir laisser leurs patients en EHPAD, sans soins, du jour au lendemain. Ne connaissant pas la durée de la crise, l’inquiétude n’a fait que grandir au fil des semaines. Il y a quelques jours, le Gouvernement autorisait les familles à revenir voir leurs parents. Pratiquement au même moment, le conseil de l’Ordre des kinés engageait à rouvrir les cabinets. La situation semblait s’améliorer petit à petit et beaucoup de confrères pensaient pouvoir ré-intervenir auprès de leurs patients les plus fragiles, laissés sans soins de kinésithérapie depuis un mois et demi. Sur le terrain tout le monde constate qu’au final, ce sont les directeurs d’EHPAD qui détiennent le pouvoir de donner, ou pas, l’autorisation d’intervention des kinés dans l’établissement. Ils endosseront donc la responsabilité de tous les dysfonctionnements, voire plus si cette situation doit continuer.

Mais aujourd’hui, une circulaire de la DGS précise les modalités d’intervention en EHPAD. Et quelle surprise de voir que cette note ne s’adresse qu’aux médecins et aux infirmières. La prise en charge des soins de kinésithérapie ne fait donc pas partie des soucis de la DGS.

Deuxième surprise, les modalités quant aux EPI : c’est aux professionnels de s’équiper. Et comme la liste imposée par les directeurs d’EHPAD comprend des équipements qu’il est impossible de se procurer, nous ne sommes pas prêts de pouvoir revenir dans les EHPAD. Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Des mesures financières sont prévues pour les médecins et les infirmières.

Pour un médecin généraliste son intervention est valorisée à 35 euros (25 € la visite et 10 € de majoration de déplacement (MD). Dans le cadre de la gestion de la crise, ils peuvent également ajouter la majoration urgence (MU) à 22,60 €, soit 57,60 € au total.
L’Assurance maladie a permis également de facturer jusqu’à 3 majorations de déplacement au cours d’une visite en EHPAD et de la cumuler avec la majoration d’urgence.
A titre exceptionnel, pendant la durée de la crise, il peut également être mis en place par l’ARS une valorisation financière au forfait, via un contrat entre l’établissement et le médecin.

Au titre de cette mission exceptionnelle d’intérêt général, le médecin percevra un forfait de 420 € par demi-journée. Les forfaits dans le cadre de tels contrats seront versés aux médecins par leur caisse primaire de rattachement sur la base d’un tableau récapitulatif des vacations effectuées élaboré par l’établissement. Ce forfait ne sera pas cumulable avec une facturation à l’acte.

Pendant ce temps nous continuerons soit à ne pas pouvoir travailler soit à prendre quelques personnes pour lesquels les CPAM  jugeront qu’ils s’agit de rééducation à la marche facturée AMK6 soit 12€90 et une seule IFD.

Cette crise aura, en quelques semaines, relégué notre profession au rang de profession accessoire. Et c’est sans doute cette situation qui est la plus préoccupante pour l’avenir. L’assurance maladie plaçant toujours le curseur des rémunérations à la hauteur du service médical rendu, dont elle est la seule  juge évidemment. Les séquelles de cette crise risquent, comme dans les séismes, de connaître quelques répliques dans l’avenir.